B'NAI B'RITH FRANCE
Editorial du président du B’nai B’rith France

Laurent Preece

Ces juifs qui ont aussi fait la France 

Un ancien Premier ministre avait déclaré en son temps que « la France sans les juifs ne serait pas la France ». L’histoire des français juifs se confond avec le passé le plus lointain de notre pays. Après Rachi, les Français juifs devenus citoyens le 27 septembre 1791, n’ont cessé de contribuer au rayonnement intellectuel, artistique, scientifique de la France, à son développement économique, à la défense de ses intérêts, à la construction politique d’une démocratie forte et stable, à son message universel qui a toujours fait sa grandeur au sein des nations. De Jacob Kaplan à Simone Veil, en passant par Jean Zay, Marcel Proust, Emmanuel Levinas, René Cassin, Raymond Aron, ou Georges Charpak, nombreux sont-ils à avoir marqué de leur empreinte l’histoire et le destin de notre pays.

Ce sont toutes ces figures illustres de l’histoire de la France, et bien d’autres, que le B’nai B’rith France et sa commission culture mettront à l’honneur dans l’exposition « La France et l’apport des cultures juives de 1791 à nos jours » (1)

Cet apport essentiel à notre pays marque avant tout une intégration et une fidélité sans faille à la France et à la République. On rappellera l’engagement des Français juifs durant la grande guerre, malgré l’affaire Dreyfus, la prière pour la République récitée chaque samedi matin dans les synagogues de France, malgré les trahisons et les reniements dont le pays a si souvent fait état à notre encontre, la reconstruction de la communauté juive après la Shoah, malgré les 76000 juifs déportés avec la complicité de l’Etat français, l’essor de la principale communauté juive d’Europe depuis 75 ans, malgré le réveil de l’antisémitisme qui conduit à nouveau à assassiner en France des juifs parce que juifs. 

Cet attachement inaliénable des Français juifs à leur pays durant l’histoire, et malgré l’histoire, constitue une triple réponse à apporter aujourd’hui dans une France en proie à ses vieux démons. 

Une réponse aux antisémites, celle de la vérité. On ne peut pas aimer son pays sans connaitre son histoire. Par leur haine des juifs, les antisémites trahissent et salissent l’histoire de la France et son identité. Les antisémites n’aiment pas la France. 

Une réponse aux autorités de l’Etat et à la société dans son ensemble, celle de la responsabilité. Au regard de son histoire, la France ne peut rester indifférente, au-delà des belles paroles, face à cette haine anti-juive qui renait. Non pas uniquement en mémoire de ce que la France a fait de pire aux juifs, mais aussi et surtout en souvenir ce que les juifs ont fait de meilleur pour leur pays. La loyauté doit être réciproque. 

Une réponse à nous tous, Français juifs, qui nous posons souvent la question de notre avenir dans cette France d’aujourd’hui, la réponse de l’engagement. L’engagement à continuer d’être fier de notre histoire, de notre culture, de notre identité. L’engagement de continuer de défendre les valeurs de la République, tellement compatibles avec celles du judaïsme. L’engagement de continuer de développer dans notre pays une vie juive avec force et enthousiasme pour y poursuivre la construction de notre avenir dans une société enfin apaisée, harmonieuse et fraternelle. L’héritage que nous avons reçu des générations qui nous ont précédés nous oblige. Mais formons le vœu que cette France qui a su si longtemps être une terre d’immigration des juifs d’Europe et du monde qui lui ont tant donné en retour ne devienne une terre d’émigration de Français juifs qui n’y verraient plus leur place. Une telle rupture signerait un échec historique du pays des droits de l’homme. « Heureux comme Dieu en France » disaient les juifs ashkénazes arrivant sur notre sol au XIXème siècle. Est-ce encore le cas ? 

(1) : Les 12, 13 et 15 septembre de 09h30 à 18h30 à la mairie de Paris 16ème. Vernissage le 11 septembre à 19h00. 

Philippe Meyer

Article paru dans le numéro du 29 août 2019 d’Actualité Juive 

 


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